« Tu te victimises »
Quand une femme parle de sa réalité
« Tu devrais glorifier le pouvoir que vous avez de concevoir la vie. »
Dans ce commentaire, il y a un mot qui apparaît très vite : « se victimiser ».
La logique proposée est simple.
Au lieu de parler d’une difficulté ou d’une expérience vécue, une femme devrait glorifier le pouvoir qu’elle a de concevoir la vie.
Autrement dit, la réponse à une parole féminine devient une redirection vers la maternité.
Mais ce raisonnement repose déjà sur une idée implicite : que la réalité des femmes se résume à leur capacité biologique à faire des enfants.
Or la vie des femmes ne se limite pas à cela.
Certaines femmes veulent des enfants.
Parfois elles ont plusieurs.
Il y a des femmes qui rêvent d’être mères depuis toujours.
D’autres n’en veulent pas et qui n'en n'ont jamais voulu.
Pour d’autres, c’est une réalité biologique avec laquelle elles doivent composer parfois au prix d’un deuil complet, sans envisager d’autres chemins comme l’adoption ou la procréation assistée.
Toutes ces réalités existent.
Et toutes ces réalités existent en même temps.
Dans mon cas, par exemple, je n’ai jamais voulu d’enfants et je n’en ai pas.
Team nullipare, alors qu’une femme ne se résume pas à un statut reproductif.
Alors quand quelqu’un répond à une discussion sur le consentement ou sur une expérience de violence en parlant du « pouvoir de concevoir la vie », il y a un décalage profond.
Parce qu’on ne parle pas de la même chose.
La maternité peut être une expérience magnifique pour certaines femmes.
Mais elle ne peut pas devenir la réponse universelle à toutes les réalités que vivent les femmes.
Les réalités dont parlent les femmes dépassent largement la question de la maternité.
Les femmes parlent de violences conjugales.
Elles parlent de violences économiques.
Elles parlent de violences sexuelles.
Elles parlent de violences dans l’intimité.
Elles parlent de situations où leur autonomie financière est contrôlée.
Elles parlent de relations où la dépendance économique devient un moyen de pression.
Elles parlent de pressions sexuelles.
Elles parlent de relations où le consentement devient flou, contesté ou ignoré.
Elles parlent de peur.
Elles parlent de situations où leur corps devient un territoire négocié ou imposé.
Ces réalités existent.
Et elles ne disparaissent pas simplement parce qu’on rappelle que certaines femmes vivent la maternité comme une expérience magnifique.
Il y a aussi un autre mécanisme dans ce type de réponse.
La comparaison.
Quelqu’un raconte son expérience personnelle : sa vie de couple, son organisation familiale, le travail d’équipe avec sa conjointe, la fierté qu’il a ressentie en voyant ses enfants naître.
Et cette expérience est réelle.
Mais elle ne peut pas servir à invalider celle de quelqu’un d’autre.
Chaque personne a son histoire.
Chaque relation est différente.
Chaque réalité est différente.
Les hommes ont aussi leurs difficultés, leurs peurs et leurs blessures. Personne ne le nie. Mais reconnaître les réalités des hommes ne devrait pas servir à effacer celles des femmes.
Parler de ce que l’on a vécu n’est pas se victimiser. C’est simplement nommer une réalité.
Et demain, le 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes, nous rappelle justement quelque chose d’important.
Les femmes ne sont pas toutes pareilles.
Elles ne veulent pas toutes les mêmes choses.
Certaines veulent des enfants.
D’autres veulent une carrière.
Certaines veulent les deux et d'autres ne veulent ni l’un ni l’autre.
Une femme n’est pas un utérus avec une opinion.
C’est une personne avec une vie.
Certaines veulent simplement vivre en paix, sans violence, sans peur, sans pression sur leur corps ou sur leurs choix de vie.
Il n’existe pas une seule façon d’être une femme.
Et chacune mérite d’être vécue librement.
Au fond, c’est peut-être ça que rappelle le 8 mars : les femmes ont simplement le droit de vivre leur propre vie.


